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De salons en glaciers : Leisure Projects par Gentiane Bélanger

(Written 4 January 2009)


Special thanks to Gentiane Bélanger for her thoughtful article about Leisure Projects and the “Brushing up against the wild” project. The article is in the current issue of Etc Revue de l’art actuel, Néoféminismes : l’intime / neofeminisms: intimacy.
Read the excerpt here or visit www.etcmontreal.com for magazine distribution.

De salons en glaciers : Leisure Projects par Gentiane Bélanger(Extrait)
La conquête des montagnes a longtemps été l’apanage des hommes, du moins c’est ce que l’Histoire nous dit. Mais non plus perçue comme un ordre progressif d’événements formant une narration linéaire, l’Histoire est aujourd’hui traitée comme une vaste banque de données permettant la relecture, la recombinaison et la subversion d’éléments narratifs disparates 1 . Dans cet esprit de recyclage culturel, un jeune collectif montréalais s’adonne allègrement à la recherche d’archives, à l’anthropologie du présent et à la reconstitution historique, afin d’en questionner les structures de valeurs et d’en manipuler les jalons idéologiques.

L’ampleur et la complexité du mandat culturel de Leisure Projects sont difficiles à cerner sous une simple dénomination. Ce collectif, fondé par les artistes/commissaires Meredith Carruthers et Susannah Wesley, puise dans une esthétique polymorphe pour nourrir un discours à portées multiples. La présence de Leisure Projects peut, entre autres, se faire sentir lors de soirées somptueuses, où robes perlées et champagne sont à la carte, ou encore dans le confort soyeux des fourrures à l’hôtel de glace, les coiffes excentriques des anciennes perruques et le reflet ambré du thé citronné dans une porcelaine de Chine. Une critique incisive percole cependant sous la surface de cette douce exubérance. De par son champ de réflexion et sa propension à la parodie, Leisure Projects appose un nouveau cadre critique sur le domaine du tourisme et des loisirs, questionnant les contextes de participation qui sous-tendent ce secteur d’activité culturelle. De manière plus implicite, Leisure Projects s’attaque à une forme de marginalisation sexiste. Arborant fièrement une éthique de plaisance et une volupté oisive, le collectif travaille subversivement à la légitimation de tout un univers jugé futile de par ses connotations féminines – jugement que Pierre Bourdieu désigne comme une forme de violence symbolique à l’égard des femmes 2 . Son répertoire de réclamation s’étend du glamour des grandes réceptions à la rêverie, en passant par tout ce qui est susceptible d’être qualifié d’exquis, délicat, gracieux, raffiné, intuitif, outrageusement frivole et délicieusement coquet.

Leisure Projects a profité d’une résidence au Banff Centre for the Arts, au cours de l’été 2007, pour élargir son champ d’intervention – des salons de thé aux glaciers – dans son projet Brushing Up Against the Wild. Le collectif d’art et de recherche s’est rendu au cœur des rocheuses canadiennes pour explorer les multiples fantaisies culturelles accolées à cette forteresse glaciaire. Véritable berceau canadien d’un idéal romantique, le parc de Banff a atteint son apogée mythique au tournant du XXe siècle, et entretient encore aujourd’hui un charisme culturel et un idéal de nature fermement impliqués dans la configuration d’une identité canadienne. Adoptant un point de vue spécifiquement féminin, Leisure Projects a fouillé les confins mémoriels de Banff, en quête de témoignages révélant les fantasmes qu’ont pu nourrir certains protagonistes féminins en explorant ces lieux alpins. Car si les montagnes sont parfois perçues et utilisées comme un terreau pour des exploits et des idéologies masculinistes, l’intervention de Leisure Projects suggère qu’une autonomie féministe s’est développée au sein de cette nature rustique, déstabilisant par le fait même ces connotations sexistes.

Qu’il soit question de Gaïa, de mère-nature, ou encore de diverses métaphores centrées sur la pureté, la virginité, la fertilité et le viol, la féminité est conventionnellement associée au monde naturel. Voyant son image confondue avec celle d’une nature cantonnée face aux assauts de l’homme, la femme se trouve manipulée et façonnée comme autant de matière première servant à l’épanouissement du logos humain tel que cultivé par la gente masculine. C’est donc sans surprise que les principaux courants féministes localisent l’émancipation de la femme dans son détachement de toute association au monde naturel, cherchant plutôt à se réapproprier les galons hiérarchiques de la culture et de la raison. Il en résulte un discours anti-essentialiste qui présente la différenciation des genres comme une construction sociale strictement basée sur des principes normatifs…

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